Commerciaux, managers, fonctions support, direction : comment aligner des logiques différentes tout en poursuivant un même objectif global ?
C’est une question que de nombreuses entreprises se posent aujourd’hui. Et souvent, sans vraiment la formuler ainsi.
Dans beaucoup d’entreprises structurées et d’ETI, la rémunération variable ne s’est pas construite selon un plan d’ensemble. Elle s’est élaborée par touches successives, au fil de l’histoire de l’organisation :
Un plan de primes pour les commerciaux, souvent ancien et bien ancré
Un dispositif spécifique pour les managers, parfois plus symbolique qu’incitatif
Des mécanismes plus récents — ou inexistants — pour les fonctions support ou les équipes siège
Et enfin, un système à part pour la direction
Pris isolément, chacun de ces dispositifs peut sembler cohérent. Mais une fois assemblés, ils forment souvent un système difficilement lisible, parfois même antinomique, et surtout source d’inefficience.
C’est généralement à ce moment-là qu’émerge une question : comment concilier l’objectif global de l’entreprise avec la nécessaire personnalisation des plans de rémunération variable selon les populations ?
Dans la majorité des cas, cette incohérence n’est pas le résultat d’une mauvaise intention. Elle est structurelle.
Au fil des années, l’entreprise évolue. Elle grandit, se transforme, se complexifie :
La rémunération variable, elle, n’évolue que rarement à la même vitesse.
Elle est le plus souvent ajustée localement, population par population, pour répondre à un besoin immédiat : attirer ou retenir une équipe clé, répondre à une revendication interne, accompagner une transformation, absorber une contrainte budgétaire… sans parler du casse-tête d’aligner des plans de primes de deux organisations suite à une fusion, ce qui peut prendre des années sans toujours complètement y arriver.
Progressivement, le système se fragmente. On se retrouve alors avec :
Le problème n’est donc pas la diversité des dispositifs. Le véritable enjeu réside dans l’absence de gouvernance globale de la rémunération variable qui doit en définir le cadre.
Parler de rémunération variable pour de multiples populations suppose d’accepter une réalité fondamentale : toutes les populations n’ont ni les mêmes rôles, ni les mêmes leviers de performance, ni les mêmes besoins.
Pour les équipes commerciales, la rémunération variable est généralement centrale. Elle :
Ce modèle, relativement standardisé, fonctionne… à condition d’être bien conçu.
Mal calibré ou mal articulé avec le reste de l’organisation, il peut produire des effets pervers : concurrence interne excessive, arbitrages individuels défavorables au collectif, focalisation sur le volume au détriment de la qualité ou de la rentabilité…
La rémunération variable des managers est souvent un sujet complexe à traiter.
Les difficultés sont nombreuses :
Pris entre performance globale et management humain, beaucoup de managers se retrouvent avec une rémunération variable qui ne reflète ni leur rôle réel, ni leur véritable contribution.
Pour les fonctions support, la question de la rémunération variable est plus récente — et souvent plus délicate.
Les obstacles sont bien connus :
Mal pensée, la rémunération variable des fonctions support devient cosmétique.
Bien conçue, elle peut au contraire jouer un rôle clé de reconnaissance et d’alignement avec la performance collective.
La rémunération variable de la direction répond à une logique différente. Elle vise :
Mais une question demeure souvent en filigrane : les objectifs que portent la rémunération variable de la direction sont-ils réellement alignés avec ceux de l’ensemble des équipes ?
Lorsque chaque population est pilotée selon sa propre logique, sans articulation globale, les conséquences apparaissent rapidement :
Dans ces situations, la rémunération variable cesse de jouer son rôle. Elle devient un sujet de discussion, parfois de contestation, et rarement un véritable moteur de performance.
C’est un point clé. Chercher une rémunération variable cohérente pour toutes les populations ne signifie en aucun cas appliquer le même modèle à tous. Bien au contraire.
La cohérence ne se situe pas dans les mécaniques, mais dans les finalités.
Une entreprise qui a une approche globale et cohérente :
Les entreprises les plus matures sur ces sujets partagent plusieurs pratiques clés.
Enfin, elles ne considèrent pas la rémunération variable comme un mécanisme figé, mais comme un outil de pilotage nécessitant d’être régulièrement évalué et amélioré.