Rémunération : quelles sont les attentes des jeunes diplômés en 2020 ?

Salaires

Rémunération : quelles sont les attentes des jeunes diplômés en 2020 ?
04 mars 2020

Selon l’étude de rémunération 2019-2020 menée par le cabinet Walters People, les jeunes diplômés placent la rémunération comme premier critère de choix dans la sélection de leur premier emploi.

En 2020, les jeunes diplômés intègrent un marché du travail relativement favorable, et ce, dans la majorité des secteurs d’activité. Les entreprises recherchent massivement de jeunes talents et redoublent d’efforts pour parvenir à les attirer et surtout à les fidéliser.

Ces dernières années, on a ainsi assisté à un réel investissement de la part des entreprises dans la prise en compte des envies d’apprentissage, d’évolution professionnelle, mais aussi de qualité de vie au travail des salariés, et notamment ceux issus des générations Y et Z. S’inscrivant dans la tendance générale de valorisation du « bien-être » comme argument de recrutement et de fidélisation, les entreprises n’hésitent plus à offrir des accompagnements personnalisés à leurs jeunes recrues et à capitaliser sur le développement des compétences afin de les faire grandir professionnellement.

Néanmoins, pour attirer et retenir les jeunes diplômés, miser sur le développement personnel et la proposition de bonnes conditions de travail ne suffit plus. D’après une récente étude Walters People sur les jeunes diplômés, ils sont plus de 76% à placer la rémunération en critère numéro 1 dans le choix d’un poste ! Aujourd’hui, les jeunes talents mettent en avant prioritairement les aspects de rémunération dans leur quête de poste idéal, loin devant ceux relatifs au bien-être et plus largement à l’épanouissement personnel et professionnel.

Comment expliquer ce changement récent de paradigme chez les jeunes diplômés qui va à l’encontre des études et des tendances observées ces dernières années ? 2020 serait-elle l’année qui redonne la priorité au salaire en termes d’exigences professionnelles ? Pourquoi la rémunération est-elle devenue un sujet aussi prégnant chez les jeunes diplômés ?

Dans cet article, un état des lieux de la rémunération des jeunes diplômés en France et un éclairage sur les motivations professionnelles de cette catégorie spécifique de salariés.

 

Les jeunes diplômés placent la rémunération comme premier critère de choix dans la recherche d’un poste

D’après l’étude sur les rémunérations des jeunes diplômés 2019-2020 réalisée par le cabinet de recrutement Walters People, les générations Y et Z, appréhendent l’avenir avec confiance et sérénité, mais surtout avec pragmatisme : plus de 76% d’entre eux placent la rémunération en premier critère de choix dans la recherche d’un poste. Par ailleurs, on apprend que plus de 67% des jeunes diplômés ont trouvé leur premier emploi avant l’obtention de leur diplôme ou dans les trois mois qui ont suivi. Le bon niveau d’insertion des jeunes diplômés, en augmentation de 15% par rapport à l’an passé, est un signal positif pour les candidats s’apprêtant à entrer dans la vie active : tous les feux sont au vert pour les jeunes diplômés. Ils sont d’ailleurs plus de 75% à avoir confiance en leur avenir professionnel. Ces chiffres, issus d’entretiens réalisés entre septembre 2018 et septembre 2019 auprès de 1 500 postulants de moins de 26 ans montrent que le marché du recrutement de jeunes diplômés est très orienté candidats et que ces derniers ont par conséquent la capacité de se montrer de plus en plus exigeants en matière de salaire et de rémunération.

La reconnaissance du salaire est un élément clé chez les nouveaux diplômés. L’étude de Walters People nous informe que si les jeunes diplômés entrent rapidement dans la vie active, ils se montrent très infidèles à leur entreprise : plus de 85% restent ainsi moins de 3 ans dans leur premier poste. Selon Grégory Lachmany, Associate Director chez Walters People, « les talents sont volatiles et les entreprises peinent à retenir les jeunes collaborateurs ». Selon l’expert en recrutement, les entreprises « doivent s’adapter et repenser leur stratégie RH » pour parvenir à répondre aux différents enjeux soulevés par le recrutement et la fidélisation des jeunes diplômés.

 

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L’étude offre une solution à explorer pour les entreprises en quête de jeunes talents : le volet de la rémunération. Pour séduire les jeunes, pour lesquels la rémunération a une importance primordiale, il faut leur proposer un salaire à la hauteur de la reconnaissance qu’ils estiment mériter, en fonction de leur profil académique, mais aussi des expériences de stage ou d’alternance qu’ils possèdent. En effet, il est important de souligner, qu’en plus du parcours académique de chaque jeune diplômé, et la nature de sa formation, plus ou moins sélective et « cotée » sur le marché de l’emploi, certains jeunes, à l’issue de leurs études arrivent sur le marché de l’emploi avec déjà 3, voire 4/5 ans d’expérience professionnelle. C’est le cas notamment des jeunes ayant réalisé la totalité de leur parcours en alternance, et des jeunes ayant réalisé un grand nombre de stages, des stages longs dits de césure d'une durée d'un an à temps complet. Aussi, ces différentes expériences couplées à une formation académique de qualité, rendent les exigences des jeunes diplômés davantage légitimes auprès des employeurs. Les entreprises doivent de ce fait s’aligner en proposant une rémunération intéressante et adaptée aux attentes des jeunes diplômés, si elles veulent séduire et attirer des talents, notamment dans certains secteurs pénuriques comme celui de l’IT dont les profils, y compris juniors, sont très recherchés.

Après le critère relatif à la rémunération dans le choix d’un premier emploi (76%), d’autres éléments entrent en jeu dans la séduction des jeunes diplômés, l’ambiance et les opportunités d’évolution sont également des aspects mis en avant par les profils juniors, ils sont ainsi respectivement 69% et 54% à les privilégier dans le choix de leur premier poste.

Le critère de la rémunération reste ainsi celui privilégié par les jeunes diplômés : à noter que seulement 31% des jeunes estiment que la rémunération offerte par leur premier emploi était au niveau de leurs attentes et 50% la considèrent comme « inférieure à leurs prétentions ».

 

IT, digital, pharma, construction : des secteurs proposant des salaires élevés aux jeunes talents

Les profils d’ingénieurs sortent leur épingle du jeu avec des salaires très intéressants en début de carrière

La catégorie de métiers qui connaît la plus forte hausse de rémunération est celle des ingénieurs techniciens (+5,2%). Portée par les postes d’ingénieurs R&D/études/méthodes et de dessinateur/ projeteur qui vont connaître une augmentation de 8% de leur niveau de rémunération. La fonction d’ingénieur qualité QHSE (qualité hygiène santé et sécurité) offre quant à elle une rémunération en début de carrière relativement intéressante aux jeunes diplômés, comprise entre 28 k€ et 35 k€. Selon Stéphanie Richard, Responsable du bureau Walters People de Saint-Quentin-en-Yvelines, « les opportunités sont nombreuses dans l'industrie et l'ingénierie, avec un accès facile à l'emploi et des salaires en hausse, les jeunes diplômés entament donc leur carrière dans un marché qui leur est ouvert ».

Le secteur de la construction : des rémunérations en hausse pour les jeunes diplômés

Le secteur de la construction bénéficie d’une situation exceptionnelle selon les données de l’étude. Les recrutements sont nombreux, et particulièrement chez les jeunes diplômés, avec des rémunérations revues à la hausse (+4,2%) sur la plupart des métiers. Le métier phare du secteur reste celui d’ingénieur travaux, pour lequel la fourchette de salaire proposée à des profils entrant dans la vie active se situe entre 35 k€ et 43 k€. De la même manière, l’embellie des salaires dans le secteur de la construction se confirme pour les postes de chefs de chantier et de chefs d’équipes, qui devraient connaître selon l’étude Walters People, une hausse respective de salaire de 12 et de 11%. Les entreprises du secteur se disputent les jeunes ingénieurs et n’ont pas d’autres choix que d’investir le champ de la rémunération pour réussir à recruter. Constat également souligné par l’étude, « les entreprises doivent s'adapter et proposer des conditions de rémunération suffisamment attractives pour capter les jeunes diplômés fortement sollicités ».

Le secteur de l’IT et du digital propose des salaires relativement élevés aux profils juniors

Face à une pénurie de candidats de plus en plus forte dans le secteur de l’IT et du digital, les rémunérations s’envolent, et les profils juniors en profitent pleinement. Les rémunérations de chefs de projet SI et chefs de projet MOA (Maîtrise d’ouvrage) connaissent une hausse importante et atteignent facilement les 45 k€ pour les jeunes diplômés. Selon Mathieu Moisan, Associate director chez Walters People « les projets fleurissent dans les entreprises et certains postes particulièrement porteurs sortent du lot. C'est le cas de celui de chef de projet fonctionnel qui permet aux jeunes diplômés d'acquérir des responsabilités, tout en montant rapidement en compétences ». Le secteur de l’IT et du digital offre ainsi de très belles opportunités aux jeunes diplômés.

Par ailleurs, une autre étude récente du cabinet Michael Page confirme la tension sur les postes IT et digitaux. Pour faire face à cette pénurie de profils informatiques, les entreprises sont dans l’obligation de gonfler leurs grilles salariales et de s’aligner sur les salaires pratiqués dans ce secteur. Selon cette étude, un ingénieur cloud débutant peut démarrer sa carrière avec une rémunération oscillant entre 40 k€ et 65 k€, par ailleurs, les profils spécialisés dans la sécurité des systèmes d’information, enjeu crucial pour les entreprises, peuvent quant à eux toucher en entrant dans la vie active entre 35 k€ et 50 k€ annuels. Pour recruter les meilleurs talents du secteur, les entreprises mettent le prix : l’analyste cybersécurité débute quant à lui sa carrière à 50 k€ pour atteindre plus de 70 k€ après seulement 5 ans d’expérience.

L’industrie pharmaceutique propose de belles augmentations de salaires aux jeunes diplômés

recrutement-industrie-pharmaLe secteur pharmaceutique n’est pas en reste et montre lui aussi une belle croissance des salaires. Le salaire d’un technicien de maintenance pourra ainsi attendre un niveau de rémunération compris entre 30 k€ et 35 k€ en sortie d'école, soit une hausse de +7% comparativement à l’an passé. Par ailleurs, on note un besoin fort en recrutement de profils spécialisés en affaires réglementaires et en assurance qualité, postes particulièrement prisés par les jeunes diplômés souhaitant démarrer leur vie professionnelle dans l’industrie pharmaceutique. Tendance confirmée par Alexis Amsallem, Senior manager chez Walters People « pour les industries dites « propres » (agroalimentaire, pharmaceutique, cosmétique et dispositifs médicaux), les contraintes réglementaires se renforcent sans cesse, avec une influence directe sur le marché de l'emploi. »

 

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Quelle rémunération variable pour les jeunes diplômés ?

La réalité économique influence le choix des jeunes diplômés en matière de salaire

D’après l’étude du cabinet Walters People, les jeunes diplômés sont ainsi motivés en premier lieu par la rémunération dans le choix de leur premier emploi. Les besoins en termes d’épanouissement personnel et de bien-être au travail arrivent ainsi derrière le critère du salaire. Ces dernières années, grand nombre d’entreprises ont mis l’accent sur leur politique qualité de vie au travail à l’égard de leurs salariés, et également des candidats. Cependant, chez les jeunes diplômés, rattrapés par une certaine réalité économique, la priorité va d’abord à une rémunération élevée avant la recherche d’un équilibre entre vie privée et vie professionnelle.

Nous pouvons ici faire le parallèle avec les besoins primaires et secondaires décrits par la pyramide de Maslow : avant de répondre au besoin d’épanouissement personnel, il est nécessaire d’assouvir ceux relatifs aux besoins primaires (se nourrir, se loger, se vêtir). L’étude Walters People apparaît comme disruptive et rappelle assez justement l’importance du niveau de rémunération chez les jeunes diplômés français. Par ailleurs, à l’image des autres salariés plus expérimentés, une fois le besoin de salaire « décent » rempli, les profils juniors seront également en quête d’une meilleure qualité de vie au travail et d’une meilleure entente avec les collègues : ils sont ainsi plus de 67% à plébisciter la bienveillance dans le choix de leur premier emploi.

Comment placer le curseur entre salaire fixe et salaire variable ?

Les profils de jeunes diplômés présentent la particularité de ne pas disposer de « track record », autrement dit, de données retraçant leur performance antérieure, à présenter à leur employeur notamment dans la négociation de salaire et par extension de la rémunération variable.

Sans vision sur les réalisations passées du candidat, l’employeur fait ainsi un pari sur l’avenir en décidant d’octroyer un niveau élevé de salaire fixe. Ainsi, plus le jeune diplômé demandera un salaire fixe élevé, plus le pari sera lourd pour l’employeur. A contrario, si la pondération du salaire accorde une place beaucoup plus importante à la rémunération variable, le risque est moins présent pour l’entreprise.

La rémunération variable permet à l’employeur de proposer un salaire toujours plus élevé qu’un modèle uniquement basé sur du salaire fixe. Ceci est d’autant plus vrai pour les profils juniors : il est plus facilement envisageable d’avoir une partie de rémunération variable plus importante en début qu’en milieu ou fin de carrière. En effet, si le jeune diplômé a réalisé des stages où il a été très performant, il pourra par exemple accepter un salaire fixe plus faible et une rémunération variable plus élevée. Dans ce contexte, l’employeur prend moins de risques et le candidat a la possibilité de démontrer sa motivation et sa volonté de réussir dans sa mission. En avançant dans sa carrière, les charges incombant au salarié ; prêt à rembourser, charges familiales, etc. ; conditionneront naturellement une volonté de rééquilibrage du ratio entre salaire fixe et salaire variable.

La qualité des missions et l'argument bien-être ne sont plus les seuls éléments déterminants dans le choix du premier emploi des jeunes diplômés. Aujourd’hui, les entreprises doivent plus que jamais investir le champ du salaire et proposer des rémunérations attractives au regard du marché pour attirer les jeunes talents !

 

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A propos de l'auteur

Après 15 ans passés dans des postes de management opérationnels dédiés à l’efficacité commerciale dans de grands groupes, conscient de l’enjeu que représente la rémunération variable en termes de motivation, d’équité et de performance, je me consacre depuis 8 ans à la création et la refonte de dispositifs de primes pour les entreprises de tous secteurs d’activité.

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